Le Lego® pour communiquer autrement avec les enfants

Je vous avais déjà parlé d’une des méthodes que j’utilisais dans le cadre de mon travail : Le Lego® Serious Play®. Voici un article où je vous raconte mon expérience un peu particulière et peu courante avec cette méthode.

Le projet

Un ami éducateur spécialisé dans le foyer de l’enfance “La Farandole” situé à Saint-Denis souhaitait travailler sur la communication différemment avec les enfants du centre. Il savait que j’anime régulièrement des ateliers de Lego® Serious Play® de façon professionnel dans de grandes banques pour travailler sur la mauvaise communication en équipe. Il m’a donc demandé si je pouvais essayer bénévolement sur des enfants avec un lourd contexte familiale.

Les enfants du groupe « Soleil » sont âgés de 6 à 11 ans et sont pour la plupart arrivés en septembre 2018. Le groupe est donc tout nouveau avec des enfants qui ne se connaissent pas forcément et qui n’ont pas encore appris à communiquer entre eux. Ils ont quelques difficultés pour ce qui est de l’écoute entre eux et la place qu’ils occupent dans le groupe. A savoir des enfants qui ne s’écoutent pas ou qui peuvent se parler violemment entre eux. Certains prennent une place trop importante quand d’autres se mettent à l’écart ou suivent le leader naturel du groupe.

Le design collaboratif à toute sa place pour résoudre des problématiques au sein d’une équipe ou d’un projet avec des méthodes innovantes telles que le Lego®. Ensemble, nous avons trouvé intéressant de tester cette méthode ludique et originale auprès d’enfants en difficultés mais de façon simple et surtout sans pression avec comme plan B la possibilité de juste jouer au Lego si les exercices sont trop pesants. Le Lego® permet de favoriser la cohésion tout en s’amusant et en matérialisant des idées abstraites de façon concrète. Pour ce faire j’ai réfléchi à différents exercices en amont et également mis à niveau le vocabulaire pour un jeune public.

Nous avons donc planifié une séance de 3 heures le dimanche 3 février 2019, avec six enfants présents ce jour au foyer. Les enfants ont été prévenus à l’avance de ce projet. Les garçons ont montré plus d’envie alors que les filles pensaient que le Lego® était seulement réservé aux garçons. De plus, le fait de savoir que l’intervenante était une femme, a poussé leur curiosité à participer à ce projet.

Les exercices 1/2

J’ai planifié huit exercices que l’on peut répartir en deux parties. Une première partie de découverte et manipulation pour mieux appréhender le Lego®, composée de trois exercices basiques. Une seconde partie sur la thématique de la communication et du partage qui regroupe cinq exercices.

Pour chacun de ces exercices, les enfants ont dû respecter les règles suivantes :

  • Ne pas toucher aux Lego® de leurs camarades

  • Ne pas juger les créations de chacun

  • Ecouter et respecter la parole de l’autre

Pour les trois premiers exercices, chaque enfant dispose d’un sachet “exploration bag” de Lego® composé de 51 pièces différentes.

La tour : Construire la tour la meilleure pour soi.

Chacun interprète le mot « meilleure » comme il le souhaite. Tout le monde à joué le jeu sur cet exercice, avec des tours qui se sont transformées en bateau, avion, sous-marin… Chaque enfant a réussi à créer quelque chose et à utiliser au moins un mot pour décrire sa création.

Explain this : Choisir 5 brique et construire quelques chose… la construction que vous venez de finir représente en fait votre voisin de gauche, expliquez pourquoi.

Cet exercice fut plus difficile mais très drôle. Seule la moitié des enfants a pu réussir à exprimer quelque chose de positif sur son camarade de droite, deux d’entre eux ont donné un défaut et le dernier n’a pas voulu s’exprimer (et ceux jusqu’à la fin).

Story telling : Construire son activité préférée.

La moitié du groupe a partagée son activité préféré (manger, jouer aux jeux vidéo, ordinateur). Les autres enfants ont été plus vague mais ont parfois partagé des activités qu’ils aimeraient faire.

Le premier exercice a permis à tous de construire, aux filles de se rendre compte qu’elles étaient aussi capables que les garçons. Le deuxième exercice a permis de pratiquer la métaphore avec humour. Les enfants on donc fait des points de comparaison entre leur construction bizarre et leur voisin de gauche. Le troisième exercice a permis d’apprendre à raconter une histoire à partir d’un mot.

Les exercices 2/2

Une fois ces trois exercices terminés, nous sommes passés à des exercices plus personnels où les enfants ont dû faire preuve d’écoute et de partage avec de nombreux Lego® mis à disposition au milieu de la table.

Soi-même : C’est sûrement l’exercice qui a été le plus révélateur de l’état d’esprit des enfants, de leur lieu de vie et de leur ressenti au quotidien. Pour cet exercice, la consigne est de construire sa vie sur une plaque de Lego® (famille, amis, école, activités…). Nous avons laissé libre choix aux enfants pour qu’ils puissent s’exprimer librement et sans jugement par les autres. Tous les enfants ont joué le jeu sauf un qui a laissé sa plaque de Lego® vide mais qui a tout de même construit deux voitures avec deux personnages à l’intérieur hors de cette plaque. Pour les autres, ils ont pu dévoiler une ambiance souvent violente à la maison (asile de fou représenté, policiers et voleurs souvent présents, utilisation de Lego® avec dessins d’œil pour sécuriser la maison…). Un enfant s’est représenté seul à table avec une lumière qui le sécurise. Une autre par exemple a créé une maison toute rose avec des plantes et des ailes pour s’envoler. Cet exercice fut pour moi le plus révélateur et le plus intéressant en terme d’observation et d’analyse.

Le cadeau : Chaque enfant a construit sur une plaque de Lego® un cadeau secret pour un autre enfant que nous avons choisi en amont. Tous les enfants ont pu s’offrir un cadeau dont un qui a préféré laisser sa plaque vide. Il y a eu un appareil photo, une voiture, un ciseau, un cheval et un juge.

Le partage : Avec leur plaque individuelle bien complète les enfants ont choisi avec une brique rouge un ou deux éléments qu’ils souhaitent partager au centre de la table. Une plaque vide a été partagé par un enfant et chacun a pu mettre son Lego® sur cette plaque (table, fenêtre, toilette, équipement de muscu « pour donner de la force »)

La connexion : Cet exercice n’a pas pu être mis en place car après 2 heures d’activité, le groupe devenait trop dispersé et nous avons écourté la séance. Pas de connexion… mais une séance de 2 heures avec des enfants de 6 à 10 ans tout de même ! L’exercice consistait à faire des rapprochements de toutes les plaques avec une pelote de laine.

Ancrage : En fin de séance, nous avons demandé aux enfants ce qu’ils ont aimé, ce qu’ils auraient modifié. Il est ressorti plusieurs points :

  • Ils auraient aimé avoir un personnage Lego® chacun lors de leur construction

  • Il est difficile de déconstruire son œuvre en fin de séance

  • Ils ont été déçus de savoir que tous les exercices n’ont pas été effectués. Nous leur avons donc expliqué qu’il aurait fallu respecter le cadre pour cela.

  • Les filles ont décidé de jouer plus au Lego® qu’avant

Nous avons terminé cette après-midi par un petit goûter bien mérité pour les enfants mais aussi pour les accompagnants.

Mon ressenti

Le principal objectif de ce projet est d’améliorer la communication entre les enfants afin de favoriser la cohésion de groupe. J’ai pu observer lors de cet exercice des enfants qui se sont mis en valeur et qui ont respecté les consignes données. Malgré quelques petits recadrages, dans l’ensemble les enfants ont pu s’écouter et partager leurs histoires entre eux. Ils ont fait preuve d’imagination et de créativité tout au long du projet. Certains se sont mis en avant par leur création tout en écoutant l’autre avec respect. Les enfants ont aussi pu se livrer sur leur quotidien à la maison par la métaphore à travers le Lego®. D’autres, on préféré s’abstenir pour ne pas trop en dévoiler mais cet exercice a permis d’en discuter par la suite individuellement.

Le Lego® est un excellent outil pour permettre à l’enfant de s’exprimer à son échelle, d’être écouté d’une autre façon et de ne pas être juger, ni mis en concurrence avec un autre. Chacun décide de dévoiler une partie de soi dans le respect et la bienveillance.

Pour améliorer ce projet, je pense que l’intervention d’une psychologue peut être intéressant pour avoir une analyse plus fine des créations que les enfants réalisent. Une séance de deux heures est largement suffisante pour un public jeune qui se déconcentre assez facilement. Un groupe restreint de 6 enfants est aussi une bonne chose pour pouvoir observer chacun d’entre eux et garder un cadre sécurisant pour chacun.

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